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textes nus

Jeudi 29 septembre 2005

Il fait peur mon orphéoniste,
La marche dans tes pas lègers supporte à chaque pas le poids mort de la terre.
Chante, mon Hérault, que la musique au moins allège mon fardeau.
L'obscurité porte ton chant comme un flambeau, mais le silence est aux aguets
N'arrête pas
Et si la poèsie est un cri ravivant les mondes à l'agonie
Enonce le nom de toute chose que leur souvenir me revienne
Le fond de la terre, ce lit commun à tous, est un abri si tranquille.
Chante mon guide de l'au-delà, n'interromps pas le trajet souterrain
Ici l'immobilité est un refuge tentant
Rien ni personne en travers de la route que l'opacité des ténèbres tendres et dociles
Seul un chant de puissance et d'amour peut inverser le cours de mon destin
Le suintement des roches s'écoule à ton chant, salvateur médecin des entrailles du dragon terrestre
Oh ! L'humidité au bord de la poussière des millénaires, l'émotion du vif contre la tempérance de l'oubli !
Dis, combien le coeur aspire au sang, combien la narine aspire l'air, combien Orphée aime Eurydice
Oh ! Ce qui coule de l'intèrieur de la terre, plus fluide encore maintenant, c'est ton chant qui l'a fait jaillir
Ne cesse pas, puisatier mon poète
Rien ne voit
Quelque chose comme des yeux inutiles pousse du dedans
Charme-les, mon invisible, sans frapper leur envie de sommeil
Eclaire au-devant la route, merveilles oubliées dans la tombe
Ah ton chant, mon aimé, a fait trembler la terre, et ce torrent qui force la densité terrible de la nuit, ce sont
Mes larmes
Mon amant, je te vois, je te suis, je suis, je reviens par toi à la vie, je revis.
Ne t'interromps pas mon souci...
C'était si tranquille là-bas derrière.

Par Frédo Minablo
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Samedi 1 octobre 2005

Pour aujourd'hui un poème sur la mémoire de Jules Supervielle, très beau je trouve, qu'en pensez-vous ?

Mais avec tant d'oubli comment faire une rose,
Avec tant de départ comment faire un retour,
Mille oiseaux qui s'en vont n'en font un qui se pose
Et tant d'obscurité simule mal le jour.

Ecoutez, rapprochez-moi cette pauvre joue,
Sans crainte libèrez l'aile de votre coeur,
Et que dans l'ombre enfin notre mémoire joue
Nous redonnant le monde aux actives couleurs

Le chêne redevient arbre et les ombres, plaine
Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis
Que jusqu'à l'horizon la terre se souvienne
Et renaisse pour ceux qui s'en croyaient bannis.

Mémoire, soeur obscure et que je vois de face
Autant que le permet une image qui passe...

La ponctuation n'est pas certaine, je l'écris... de mémoire :-)

Par Frédo Minablo
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Lundi 3 octobre 2005

Reparu à la surface grâce à un modelage de Moyra, cet ancien lipogramme en "e", hommage inversé à "La Disparition" de Perec :

   L'éthéré serpent cherche désespérément l'Eve. D'Eve ne lève guère en cet Eden et semer reste réservé. Le serpent persévère, révèle chez l'éternel hère l'éphèbe, étend ses effets que les essences mènent Pécheresse en ce désert délétère, et c'est l'échec répété. 
   Le serpent rêve d'Eve, en crève d'être revêche en réelle perte de temps : "Que tenter semble belle quête près d'Eve, qu'elle est sévère grevée de cent spectres d'elle rêvés".
  

Par Frédo Minablo
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Mardi 4 octobre 2005

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Ecoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds


Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées


Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été


Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire

                                                               

                                                                 Guillaume Apollinaire

Par Frédo Minablo
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Jeudi 6 octobre 2005

Un poème écrit contre le néant, le titre est emprunté à la préface de L'Homme illustré de Ray Bradbury. 

Permettez-lui de revenir

Dire sans frein la guerre lasse

De ceux qui n’ont pas d’avenir,

Qui sont partis la tête basse,

Etrangers là, privés d’ardeur,

Sans volonté, perdue d’avance.

Esprits gelés, lents de lourdeur,

Les corps usés qui les devancent

Traînent l’envie de retourner

Sous les rameaux verts de l’enfance.

Pour celui qui veut séjourner

Au pays sans fruits quelle errance !

Toute saison est un hiver

Quand l’écorce que le cœur serre

Presse au-dedans comme à l’envers

L’aubier drainant la sève amère.

-Tourne la tête vers l’avant,

Reviens dans le sens de l’histoire,

On a plus d’envies dans le vent.

Plaise à d’autres de l’illusoire

Temps passé vouloir rejouer

A chaque matin gris la rime.

Raconte-leur comment dénouer

Des fils tendus qui nous arriment.

Tu ne crois pas encore en toi,

Avec tes mots creuse l’entaille,

Guerre salutaire sans quoi

Un jour tu finis sur la paille,

Et si tu brûles sans faire feu

Une nuit passée sans maudire,

La barque avant devenir feu

En dansant en vie nous chavire.

Par Frédo Minablo
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